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jeudi, 24 avril 2014

Une rentrée de classe, par Stéphane Prat

Stéphane Prat, diffuseur des éditions Le Pont du Change en Bretagne, à l’enseigne du Manchot Epaulard, a aimé notre dernier livre publié : Heures de pointe, de Marie-Ange Sebasti. Il y consacre son dernier « bulletin blanc » d’information en imaginant une histoire entre rêve et réalité tout à fait dans le ton des Heures de pointe.

Le bulletin blanc en PDF : Une rentrée de classe.

 

heures de pointe,marie-ange sébasti,le pont du change,stephane prat,le manchot épaulardLe libraire s'était montré particulièrement expéditif, au téléphone. Il avait trop vaguement entendu parler des maisons d'édition dont je diffusais les livres, et n'avait consenti à ma visite qu'aux forceps. Soulagé de reprendre la parole, et craignant sans doute que je ne la monopolise à nouveau, il avait profité que je reprenne un instant mon souffle pour donner une date, une heure, et prendre congé tout en parlant à une cliente, de sorte que je crus d'abord qu'il la saluait et restai un instant encore, très seul, à écouter le bip bip de son téléphone raccroché, car l'heure du rendez-vous ne me convenait pas et j'entendais en fixer une autre.

Je lui avais dit tout ce que j'avais à dire sur la nouveauté des éditions du Pont du Change, un recueil de Marie-Ange Sebasti, intitulé heures de pointe, fragments dont les personnages semblaient tous plus ou moins brutalement tombés d'un autre livre et se demandaient pour la plupart ce qu'ils faisaient dans celui qu'on était en train de lire, quand ils ne se demandaient pas qui ils étaient. J'avais insisté sur le texte qui donne le titre à l'ensemble, heures de pointe, où les personnages des romans que deux passagers lisent dans le métro, sortent de leurs livres et, après le départ des lecteurs dans leur vie respective, restent prisonniers de la réalité (et de celle de la narratrice), dans un métro dont ils étaient sans doute à plusieurs mondes d'imaginer l'existence.

Je ne m'étais pas vraiment soucié de savoir si le libraire en question goûtait le fantastique, le magique quotidien, ou non. Et après coup, je trouvai que cela ne faisait pas très professionnel.

Le jour convenu, et à cette heure qui ne me convenait pas, exactement, je me présentai à mon rendez-vous. Comme un fait exprès, la rue de cette librairie, très abrupte, pavée, était bloquée par un de ces plots que seuls les résidents peuvent enfoncer dans le sol à l'aide d'une carte magnétique personnalisée, m'obligeant à faire le tour et à me présenter devant l'autre entrée de la rue bloquée, interdite elle aussi, et avec le même dispositif. Je laissai donc mon véhicule en bas, au bord d'un lac, non loin d'un panneau me promettant d'envoyer ma cargaison à la fourrière. Je remontai la rue à pieds et me présentai à la librairie si essoufflé que je dus commencer par feuilleter les différents best-sellers de l'endroit, comme un client lambda, avant de m'adresser au libraire de manière intelligible. Faisant preuve d'une amabilité à laquelle je ne m'attendais pas, le libraire m'offrit de m'accompagner jusque ma Berlingot 1999, de nous ouvrir sa rue et de m'accompagner jusque sa boutique, ce qui s'avérerait précieux, car au deux tiers du trajet un panneau de sens interdit, sans raison valable, obligeait encore à un savant détour par des passages si étroits que je dus rabattre mes rétroviseurs et demander à mon guide de sortir pour diriger mes délicates manœuvres.

L'opération avait scellé entre nous deux des liens assez comparables aux relations complices de deux déménageurs chargés de livrer un piano à un gardien de phare. Je fus donc sèchement refroidi lorsqu'il refusa de m'acheter le moindre titre et me proposa simplement de prendre en dépôt-vente quelques biographies du Petit Pavé, Le « Bowie » d'Yves Budin paru aux Carnets du dessert de Lune, et « l'agonie du papier » d'Alphonse Allais, réédition qui donnait au catalogue du Pont du Change son ton si particulier. Malgré les cent cinquantekilomètres que je venais de parcourir, et l'heure entière que je venais de perdre pour approcher de la librairie, je refusai de laisser ces quelques livres en dépôt-vente, estimant qu'il me prenait vraiment pour un pigeon voyageur. Nous nous quittâmes néanmoins très contents de nous quitter.

En refermant la porte de sa librairie, je réalisai que je n'avais présenté aucune de mes nouveautés : Chroniques des faits de Pierre Autin-Grenier, le roman Viva libertad ! de Léon Layon, et donc les Heures de pointe de Marie-Ange Sebasti, livre avec lequel j'étais déjà, au téléphone, venu à bout de la patience du libraire.

Mais avant de m'installer au volant de mon véhicule, je m'aperçus que le devanture de sa boutique était exclusivement constituée de livres du Pont du Change, reconnaissables entre tous, avec leurs couvertures blanches et leur format de poche intérieure. À y regarder de plus près, je dus bien constater que tous ces livres étaient d'un auteur unique, et une auteure, en l’occurrence : Marie-Ange Sebasti.

La librairie, au grand désappointement des résidents de cette rue vide et inaccessible, s'appelait : Heures de pointe.  

mercredi, 09 octobre 2013

Un diffuseur en Bretagne

Le Manchot Epaulard, animé par Stéphane Prat, assure la diffusion des livres du Pont du Change sur la région Bretagne.